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Bénir les couples homosexuels ? Les enjeux du débat entre protestants

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« Bénir les couples homosexuels ? Les enjeux du débat entre protestants », d’Elian Cuvillier et Charles Nicolas : une recension critique de Joan Charras-Sancho! Cet ouvrage, malgré ses points faibles, dont nous parlerons plus tard, constitue une belle surprise post-décision du Synode de l’EPUdF (17 mai 2015).

Elian Cuvillier, pasteur EPUdF, professeur de théologie, bibliste « post-bultmanien » et Charles Nicolas, pasteur UNEPREF, aumônier hospitalier et formateur théologique, ancré dans le calvinisme confessant, nous invitent dans l’intimité de leurs boîtes email en partageant leur correspondance soutenue suite à ladite décision.
Tout y est : le rejet, les différences théologiques presqu’insurmontables, les doutes et les espoirs.
En commençant par le rejet qu’a pu vivre Elian C. de la part d’une minorité de la Convention chrétienne des Cévennes suite à la décision prise au Synode de Sète, évènement fondateur d’une série de mails partagés à l’aide de l’outil internet. Ces interpellations réciproques, vécues par beaucoup d’entre les croyants ces dernières années, se sont révélées fécondes dans le cas précis, puisqu’elles ont permis que deux théologiens solidement ancrés dans leurs traditions, leurs convictions et leurs éléments de langage, prennent le temps de « traduire » leur jargon afin de se donner, l’un à l’autre, des explications qui ne visent pas à convaincre, mais à dégager un (im)possible chemin de communion.

Si la question de la conjugalité et de la sexualité présente un admirable prétexte à ce dialogue authentique, personne, pas même les correspondants, n’est dupe. Certaines différences théologiques semblent en effet presque insurmontables : confesser la « Vierge Marie » sans vraiment croire à sa virginité ? Prétendre que le ministère féminin ne peut l’être que dans l’extraordinaire ? Considérer que la Bible s’interprète avec un « canon dans le canon » ? Juger que les homosensibles ont peur de l’autre sexe tandis que les homosexuels vivent un double mensonge (sexualité hors-norme et en dehors du mariage) ?
Ces quatre exemples résument les doutes qui transpirent de l’ouvrage : comment être « fraternels » et « en communion », dans ces conditions ? Comment arriver à prendre au sérieux la foi en Christ de l’autre, une foi qui peut sembler tour à tour trop libérale ou trop littérale ?
Il y a aussi des espoirs qui illuminent cet échange et qui lui donnent tout son sens. Parfois, l’un dit à l’autre « je crois aussi comme toi tu crois. » Et ces moments de grâce permettent d’espérer que de tels dialogues, venus trop tard (après la décision !), seront encouragés par ce premier essai.
Dans l’esprit d’une critique constructive qui inspire des initiatives du même type, nous aimerions souligner quelques points faibles.

Tout d’abord, la couverture. Il n’est plus possible d’associer la question de l’homosexualité à du rose. Le rose de quoi, d’ailleurs ? Des filles ? En plus d’être sexiste, ça serait machiste en assimilant les homosexuels à des filles, laissant ainsi entendre qu’une couleur de fille, c’est un truc d’homos, ce qui est grossier tout en invisibilisant les lesbiennes, les bisexuel.le.s, les trans* et les intersexes (au minimum). Si le rose qui figure là fait écho au triangle rose, il convient alors de le faire apparaître plus clairement.

Ensuite, « parler de », « parler sur » au lieu de « parler avec », doit absolument être évité. Il faut inviter des personnes concernées à donner leur avis ou à prendre les rênes des échanges, autant que faire se peut. On concédera que cette correspondance est authentique et spontanée, ce qui amenuise cette dernière critique, ainsi que celle de faire dialoguer deux hommes blancs cisgenres et lettrés, scénario encore trop courant (ou sont les femmes, la fameuse altérité ?)
Enfin, la dernière critique sera sévère : en tant que pasteur, Charles Nicolas ne soigne pas toujours les termes qu’il emploie envers les personnes LGBTI. Si on ne peut qu’admirer sa fine connaissance du petit peuple calviniste confessant francophone, on peut déplorer que les personnes LGBTI ne soient pas considérées avec autant de passion et d’intérêt. C’est donc un livre que je ne pourrais recommander à des sœurs et des frères LGBTI encore meutri.e.s par des paroles de jugement ou des années de souffrance ecclésiale.
Par contre, c’est un ouvrage à mettre entre les mains de tout agent pastoral en cheminement, et ouvert au dialogue. Pour le peuple arc-en-ciel, ce livre constitue la preuve que la bénédiction d’un couple de même sexe n’est que la partie visible de l’iceberg qui était bien préexistant à cette décision. Il est temps que le peuple de l’Église assume que cet iceberg existe et qu’il faut apprendre à faire avec…avant qu’il ne fonde (dans le meilleur des cas)!